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Prix électricité France : l'impact limité des frappes sur l'Iran

Analyse marché — 1er mars 2026

Par , Expert marché de l'énergie — Publié le

Frappes sur l'Iran et impact sur les prix de l'électricité en France - Analyse marché énergie mars 2026

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes massives sur l'Iran, déclenchant une riposte iranienne sur plusieurs pays du Golfe et semant l'inquiétude sur les marchés de l'énergie. Pourtant, pour les acheteurs d'électricité en France, la situation serait plus nuancée qu'il n'y paraît. Décryptage.

À retenir
  • Le mix nucléaire-solaire-hydraulique de mars isolerait le prix spot français des chocs pétroliers
  • La hausse du gaz devrait avoir un impact filtré, le gaz étant moins souvent appelé en cette saison
  • Les stocks de gaz européens sont bas mais la sortie de chauffe est imminente
  • Un rebond sur les marchés à terme est probable mais se précipiter à l'achat serait contre-productif

Prix spot électricité mars 2026 : nucléaire, solaire et hydraulique aux commandes

Pourquoi les prix spot pourraient rester isolés du choc

Pour comprendre pourquoi les prix spot de l'électricité en France pourraient rester relativement isolés de ce choc géopolitique, il faut revenir au fonctionnement du marché. Le prix spot de l'électricité est fixé selon le principe du merit order : les sources de production sont appelées par ordre de coût marginal croissant. Les énergies renouvelables — solaire, éolien, hydraulique — et le nucléaire arrivent en tête, avec des coûts marginaux quasi nuls. Ce sont les centrales à gaz, en queue de classement, qui fixent le prix final — mais seulement lorsqu'elles sont effectivement appelées.

Or en mars 2026, plusieurs facteurs convergent pour réduire mécaniquement le recours au gaz sur le marché de l'électricité en France.

  • Le solaire monte en puissance. Les journées s'allongent significativement en mars. La production photovoltaïque, à coût marginal nul, vient s'injecter en masse sur les heures de mi-journée, poussant le prix spot vers le bas — voire en territoire négatif sur certains créneaux particulièrement ensoleillés.
  • Le nucléaire français est à plein régime. EDF maintient pour 2026 une production dans une fourchette de 350 à 370 TWh, avec l'EPR de Flamanville désormais pleinement opérationnel. Cette abondance structurelle de production bas-carbone devrait continuer à peser favorablement sur les prix de gros de l'électricité en France.
  • L'hydraulique bénéficie de la fonte des neiges. En fin d'hiver et début de printemps, la reconstitution des réservoirs augmente la disponibilité hydroélectrique, ajoutant un troisième pilier de production à coût marginal faible.
Donnée Eneffic

Fin février, le prix spot sur EPEX France s'établissait autour de 70 €/MWh, en repli par rapport à janvier, malgré les tensions géopolitiques déjà palpables. En mars, la dynamique saisonnière devrait continuer à modérer les prix de l'électricité, même si des pics ponctuels resteraient possibles en cas d'escalade majeure du conflit.

Hausse du prix du gaz : quel impact réel sur l'électricité en France ?

Pourquoi la corrélation gaz-électricité serait plus ténue qu'en 2022

La hausse du prix du gaz consécutive aux frappes est indéniable. Le TTF a bondi dans les premières heures suivant l'annonce, reflétant la prime de risque géopolitique. Mais son impact sur le prix de l'électricité en France pourrait être significativement atténué par une réalité structurelle que l'on tend à oublier : en mars, le gaz n'est pas systématiquement le marginal sur le marché français.

Concrètement, quand le nucléaire, le solaire et l'hydraulique couvrent l'essentiel de la demande — ce qui est précisément le cas en mars, lors des journées ensoleillées et avec un parc nucléaire pleinement disponible —, les centrales à gaz ne sont pas appelées. Elles ne fixent donc pas le prix spot. La corrélation entre gaz et électricité, qui était très forte lors de la crise de 2022 quand la moitié du parc nucléaire français était à l'arrêt, serait nettement plus ténue dans le contexte actuel.

Ce mécanisme expliquerait d'ailleurs pourquoi, lors de la guerre de 12 jours de juin 2025 entre Israël et l'Iran, le pic du Brent à 80 dollars n'avait provoqué qu'une hausse modérée et temporaire des prix spot de l'électricité en France — bien moindre que ce que les marchés avaient initialement anticipé.

Stocks de gaz européens : tendu, mais pas de risque de panique

Pourquoi les niveaux bas ne devraient pas dégénérer

Il convient d'être transparent sur ce point : les réserves de gaz européennes se situent à des niveaux historiquement bas pour cette période de l'année. En Allemagne et en France, les stockages souterrains seraient tombés en dessous de 25 % de remplissage — alors que la moyenne habituelle à cette même date dépasse 50 %. Un hiver plus rigoureux que prévu aurait considérablement accéléré la vidange des stocks.

Ce contexte de stocks bas constitue une source de nervosité légitime sur les marchés, et explique en partie pourquoi les prix du gaz avaient déjà rebondi d'environ 35 % avant même les frappes du 28 février. Cependant, plusieurs éléments tendraient à limiter le risque d'un mouvement de panique :

  • La sortie de la saison de chauffe est imminente. C'est sans doute le facteur le plus structurant. Dès mars, la demande en gaz pour le chauffage chute mécaniquement. La période de reconstitution des stocks commence. D'ici l'été, les réservoirs européens devraient être en cours de remplissage.
  • L'offre mondiale de GNL reste abondante. Les capacités d'importation européennes se sont considérablement renforcées depuis 2022. Les États-Unis et le Qatar continuent d'alimenter les terminaux méthaniers du continent.
  • L'Iran ne fournit pas directement l'Europe. Contrairement à la Russie en 2022, l'Iran n'achemine pas de gaz vers le continent européen. L'impact passerait uniquement par la hausse globale des prix du GNL et la prime de risque géopolitique sur le détroit d'Ormuz — un canal de transmission indirect et incertain.

Le détroit d'Ormuz : le vrai risque, mais le scénario noir paraît peu probable

20 % du pétrole mondial en jeu

Le véritable point de vigilance reste le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % de la production mondiale de pétrole et une part significative du GNL mondial. L'Iran a menacé à plusieurs reprises de le bloquer en représailles aux frappes.

Si ce scénario venait à se concrétiser, l'impact serait d'une toute autre ampleur : les analystes évoquent un baril à 100 dollars ou au-delà, avec des répercussions potentiellement significatives sur l'ensemble des prix de l'énergie en Europe, y compris l'électricité. Ce serait alors un choc comparable à celui de 2022, mais d'origine différente.

Cependant, ce scénario paraît peu probable pour une raison fondamentale : aucune des grandes puissances de la région ne souhaiterait réellement cette fermeture. L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar dépendent eux-mêmes de ce corridor pour l'intégralité de leurs exportations d'hydrocarbures. La Chine, principal acheteur de pétrole iranien représentant plus de 80 % de ses exportations, s'y opposerait fermement. Les États-Unis ont explicitement mis en garde Téhéran contre toute tentative de blocage.

Marchés à terme électricité : faut-il acheter maintenant ?

Pourquoi acheter dans l'urgence serait une erreur stratégique

Sur les marchés forward — CAL27, CAL28, produits trimestriels — un rebond des prix paraît inévitable en début de semaine. La prime de risque géopolitique devrait s'ajouter mécaniquement aux prix à terme, qui intègrent les anticipations sur les prix du gaz à moyen terme. Mais se précipiter pour sécuriser des volumes supplémentaires dans l'urgence pourrait s'avérer une erreur stratégique pour les acheteurs d'énergie, pour au moins trois raisons.

  • Une part significative du choc serait déjà dans les prix. Les semaines précédant les frappes avaient déjà vu une hausse notable des cours du pétrole et du gaz, les marchés ayant commencé à pricer le risque d'intervention militaire dès fin janvier.
  • Les fondamentaux de moyen terme resteraient orientés à la baisse. Le CAL27 s'échangeait autour de 53 €/MWh mi-février — des niveaux reflétant l'abondance attendue de GNL et la montée en puissance des renouvelables en Europe. Le rebond actuel s'inscrirait à contre-courant de cette tendance structurelle.
  • Les crises géopolitiques génèrent rarement des marchés baissiers durables sur l'énergie, sauf en cas de rupture d'approvisionnement physique prolongée. La prime de risque aurait tendance à se dissiper relativement vite une fois la situation clarifiée.

La stratégie qui semblerait la plus rationnelle : observer l'évolution du conflit dans les prochains jours, laisser la prime géopolitique se dégonfler, et sécuriser progressivement des volumes supplémentaires une fois que la situation serait mieux lisible.

Synthèse : ce que les acheteurs d'énergie doivent retenir

Vue d'ensemble des risques pour l'électricité en France

FacteurImpact potentielRisque estimé
Hausse du pétroleIndirect, vraisemblablement limitéModéré
Hausse du prix du gazFiltré par le mix nucléaire/solaire/hydro en marsFaible à court termelow
Stocks de gaz européens basNervosité de marché, mais sortie de chauffe imminenteModéré
Fermeture du détroit d'OrmuzChoc majeur si avéréPeu probablelow
Marchés à terme CAL27+Rebond de court terme probableVraisemblablement temporaire

Analyse au 1er mars 2026. Les prix et données de marché sont susceptibles d'évoluer rapidement en fonction des développements du conflit.

Le message central pour les acheteurs d'énergie : rester attentifs, sans céder à la panique. Le mix électrique français, dominé par le nucléaire et les renouvelables en cette saison printanière, offrirait un amortisseur naturel que peu de voisins européens posséderaient au même degré.

Ce document ne constitue pas un conseil en investissement ou en stratégie d'achat d'énergie.

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